TROP TARD
Nature, accomplis-tu tes oeuvres au hasard,
sans raisonnable loi ni prévoyant génie ?
Ou bien m' as-tu donné par cruelle ironie
des lèvres et des mains, l' ouïe et le regard ?
Il est tant de saveurs dont je n' ai point ma part,
tant de fruits à cueillir que le sort me dénie !
Il voyage vers moi tant de flots d' harmonie,
tant de rayons qui tous m' arriveront trop tard !
Et si je meurs sans voir mon idole inconnue,
si sa lointaine voix ne m' est point parvenue,
à quoi m' auront servi mon oreille et mes yeux ?
à quoi m' aura servi ma main hors de la sienne ?
Mes lèvres et mon coeur, sans qu' elle m' appartienne ?
Pourquoi vivre à demi quand le néant vaut mieux ?
mc-roody
Sensation
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue:
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien:
Mais l'amour infini me montent dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.
princesse.
Amour, que n'ai-je en écrivant la grâce ...
Amour, que n'ai-je en écrivant la grâce
Divine autant que j'ai la volonté!
Par mes écrits tu serais surmonté,
Vieil enchanteur des vieux rochers de
Thrace.
Plus haut encor que Pindare et qu'Horace,
J'appenderais à ta divinité
Un livre enflé de telle gravité
Que Du Bellay lui quitterait la place.
Si, vive encor, Laure par l'Univers
Ne fuit volant dessus les Thusques vers,
Que notre siècle heureusement estime,
Comme ton nom, honneur des vers François,
Victorieux des peuples et des Rois,
S'envolerait sur l'aile de ma rime!
